La culture africaine traditionnelle par Amadou Hampâté Bâ: 10 belles citations

Amadou Hampâté Bâ, écrivain et ethnologue malien écrivait ceci dans son livre La querelle des deux lézards et autres contes africains: « Ce n’est pas pour conserver des idées dans une bibliothèque que j’écris, mais au contraire pour assurer la plus large diffusion possible de nos valeurs traditionnelles, afin que chacun puisse s’y référer, méditer, et peut-être, ajouter et créer. En me livrant à ce travail de récolte et de fixation par l’écriture, mon but a été également de servir d’exemple, afin que d’autres continuent dans la même voie. Je ne fais que jouer le rôle du devancier, dont le symbolisme se retrouve dans les danses sacrées : le vieux se met en avant, il danse, et tout le monde le suit au rythme de son pas. »

citations tirées de Amkoullel l'enfant peul

C’est donc en fonction de cela qu’il présente la culture africaine traditionnelle par sa plume. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Monsieur Bâ a une belle plume. Découvrez 10 de ses plus belles citations tirés de son livre Amkoullel, l’enfant peul.

« En Afrique traditionnelle, l’individu est inséparable de sa lignée, qui continue de vivre à travers lui et dont il n’est que le prolongement. C’est pourquoi, lorsqu’on veut honorer quelqu’un, on le salue en lançant plusieurs fois non pas son nom personnel (ce que l’on appellerait en Europe le prénom) mais le nom de son clan : « Bâ ! Bâ ! » ou « Diallo ! Diallo ! » ou « Cissé ! Cissé ! » car ce n’est pas un individu isolé que l’on salue, mais, à travers lui, toute la lignée de ses ancêtres. »

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« Tous ces enseignements reposent sur des exemples concrets faciles à comprendre pour les enfants. Certaines scènes observées donnent l’occasion de développements plus profonds : un arbre déployant ses branches dans l’espace permet d’expliquer comment tout dans l’univers, se diversifie à partir de l’unité ; une fourmilière , une termitière donnent l’occasion de parler des vertus de la solidarité et des règles de la vie sociale. A partir de chaque exemple, de chaque expérience vécue, le bawo et les anciens enseignent aux garçons comment se comporter dans la vie et quelles sont les règles à respecter envers la nature, envers ses semblables et envers soi-même. Ils leurs enseignent à être des hommes. »

enseignement oral en Afrique sous les baobabs

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« Ce n’est pas pour rien qu’on a surnommé Mopti « la Venise du Soudan » : toutes ses activités sont plus ou moins liées à la vie du fleuve et au rythme de ses crues. Les Bozos qui sont les plus anciens occupants du lieu, fabriquent à la main ces longues et merveilleuses pirogues que l’on voit fendre silencieusement les eaux et dont certaines sont capables de transporter des tonnes de marchandises. Peuple de pêcheurs et de chasseurs, ils sont les « maîtres de l’eau » traditionnels de toute la région. Dans cette zone de confluence des eaux noires et des eaux blanches, on rencontre des ethnies de diverses origines, des plus claires aux plus sombres. Après les Bozos, les plus anciennes sont les Songhaïs et les Peuls. Les Bambara et les Dogons n’y sont venus que plus tardivement. Toute la région de la Boucle du Niger constituait autrefois, dans sa partie ouest, un véritable réservoir des richesses du pays en matière d’agriculture, d’élevage, de pêche et de chasse, sans parler des traditions religieuses et culturelles. L’homme y vivait à l’aise et l’artisanat traditionnel y était particulièrement développé. Le Macina, où les Peuls vinrent se fixer jadis en raison de la richesse de ses pâturages, est situé au cœur de cette région dont Mopti est l’un des fleurons. »

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Pour les « hommes de connaissance », la logique s’appuyait sur une autre vision du monde, où l’homme était relié d’une façon subtile et vivante à tout ce qui l’environnait. Pour eux, la configuration des choses à certains moments clés de l’existence revêtait une signification précise qu’ils savaient déchiffrer. « Sois à l’écoute, disait-on dans la vieille Afrique, tout parle, tout est parole, tout cherche à nous communiquer une connaissance … »

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« Lorsqu’on restitue un évènement, le film enregistré se déroule du début jusqu’à la fin en totalité. C’est pourquoi il est très difficile à un Africain de ma génération de  » résumer « . On raconte en totalité ou on ne raconte pas. On ne se lasse jamais d’entendre et de réentendre la même histoire ! La répétition pour nous, n’est pas un défaut. »

enseignement oral en afrique traditionnel

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Jadis, dans l’Afrique de la savane – la seule dont je puisse parler véritablement parce que je la connais bien – n’importe quel voyageur arrivant dans un village inconnu n’avait qu’à se présenter au seuil de la première maison rencontrée et dire : « Je suis l’hôte que Dieu vous envoie » pour qu’on le reçoive avec joie. On lui réservait la meilleure chambre, le meilleur lit et les meilleurs morceaux. Souvent même, le chef de famille ou le fils aîné lui abandonnait sa propre chambre pour aller dormir sur une natte dans le vestibule ou dans la cour. En échange, l’étranger de passage venait enrichir les veillées en racontant les chroniques historiques de son pays ou en relatant les événements rencontrés au cours de ses pérégrinations. L’Africain de la savane voyageant beaucoup, à pied ou à cheval, il en résultait un échange permanent de connaissances de région à région.

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Ces relations de bon voisinage et d’acceptation mutuelle reposaient sur le vieux fond de tolérance religieuse de l’Afrique traditionnelle animiste qui acceptait toutes les formes de pratique religieuse ou magico-religieuse et qui, de ce fait, ignora les guerres de religion.

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L’homme, dit-on chez nous, n’est qu’un semeur distrait, alors que la mère est considérée comme l’atelier divin où le créateur travaille directement, sans intermédiaire, pour former et mener à maturité une vie nouvelle. C’est pourquoi, en Afrique, la mère est respectée presque à l’égal d’une divinité.

femme noire respectée en Afrique traditionnelle

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Ce respect et cette écoute de l’autre quel qu’il soit et d’où qu’il vienne, dès l’instant que l’on est soi-même bien enraciné dans sa propre foi et sa propre identité, seront d’ailleurs plus tard l’une des leçons majeures que je recevrai de Tierno Bokar.

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A travers ce chaos apparent, nous apprenions et retenions beaucoup de choses, sans peine et avec un grand plaisir, parce que c’était éminemment vivant et distrayant. Instruire en amusant a toujours été un grand principe des maîtres maliens de jadis.

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commentaires

  1. Merci beaucoup pour ton article !!! J’adore particulièrement celle ci : « L’homme, dit-on chez nous, n’est qu’un semeur distrait, alors que la mère est considérée comme l’atelier divin où le créateur travaille directement, sans intermédiaire, pour former et mener à maturité une vie nouvelle. C’est pourquoi, en Afrique, la mère est respectée presque à l’égal d’une divinité. »

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