N’avoir qu’un sein

J’ai toujours été une battante. Je refusais que la vie ou ce que le reste des hommes appelle fatalité m’empêche d’évoluer  et d’avoir ce que je veux. Enfant, ma mère me disait souvent que j’étais le bébé le plus braillard lorsque j’avais faim. Je serrai les poings et je criai le plus fort possible pour qu’elle m’entende. Alors, affolée, elle se mettait dans tous ses états pour me donner ce que je voulais. Ainsi, ai-je toujours grandi avec la certitude que je pouvais faire plier la vie à ma guise, que les autres me donneraient toujours ce que j’attendais d’eux. Et quand tu as la foi, ce en quoi tu crois devient réalité. J’ai donc évolué en ne laissant aucun événement m’atteindre. Je contrôlais ma vie et mon destin.
Marge Simpson lutte contre le cancer
Mais il arrive parfois que la vie veuille t’éprouver, voir à quel point tes convictions sont profondes. Croyez-moi, le karma est loin d’être aussi garce que la vie. Cette salope m’a refilé un cancer du sein, histoire de voir jusqu’où je pouvais la manipuler. Elle a pris cette mine arrogante quand le médecin a prononcé le mot cancer. Vous auriez dû voir son sourire quand elle m’a vu ébranlée. Et sa satisfaction, quand elle me voyait me débattre dans mon lit d’hôpital. Elle n’a eu aucune pitié en voyant mes parents se mettre dans tous leurs états pour pouvoir me payer les frais d’hôpitaux.
Malgré la douleur lancinante qui me paralysait parfois, la tristesse de quitter mon pays pour un autre afin d’avoir des services plus appropriés, je n’ai jamais cessé de me battre. Pas pour moi mais pour ma famille, pour mes parents qui n’avaient eu que moi comme enfant. J’ai regardé trop de films et lu trop de livres pour savoir que leur mariage ne tiendrait pas le coup si je mourrais maintenant. Et puis, j’avais tellement de choses à vivre encore. Je n’avais que vingt-cinq ans. J’avais encore des rêves à réaliser, des pays à visiter, des défis à relever, un empire à bâtir. Je ne pouvais pas mourir maintenant.
Mais vous savez quoi ? A une certaine période, j’ai regretté de m’être battue. « J’aurai préféré encore mourir » me suis-je dit en m’observant dans le miroir. Un sein droit présent et une grosse cicatrice à la place de l’autre sein. Le cancer m’avait pris un sein. Le cancer m’avait enlevé ce qui faisait partie de ma féminité. Je ne me sentais plus comme une femme. Même pas comme une humaine. J’ai pleuré comme une madeleine. Et c’est seulement après que je me suis résolue. J’étais encore vivante. Je pouvais vivre encore mes grands rêves. Je pensais à toutes ces autres femmes qui auraient aimé être à ma place. Celles qui voulaient se débarrasser d’un cancer rien qu’en se passant d’un sein.
Marge Simpson Octobre Rose
Ensuite, j’ai pensé à toutes celles qui ne devraient même pas avoir à vivre ça. A toutes celles qui ne se doutent pas que leur féminité est la cible d’une put*** de maladie. A toutes celles qui n’écoutent toujours pas les messages de sensibilisation quant au dépistage du cancer. A toutes celles qui préfèrent vivre au jour le jour plutôt que de se soucier de ce qui adviendra demain. J’ai pensé à toutes ces femmes qui méritent une meilleure vie que la mienne et j’ai écrit ce billet.

 

#OctobreRose
Depistage du cancer du sein

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s